Brigitte Desrochers

Quand on reste là où on est, tout semble normal : on ne se rend pas compte qu’on grandit dans un environnement unique, façonné par un paysage très particulier, des coutumes et des conditions sociales et économiques bien précises. C’est notre position sur le très grand échiquier d’une région, d’un continent et d’une planète. Dans mon cas, cette position s’est traduite par ces petites maisons de bois que mes ancêtres ont construites, dans lesquelles mes parents ont grandi, et qui constituaient pour moi et mes amis l’idée d’une maison ‘normale’. En allant étudier l’architecture à l’Université de Montréal, puis à Harvard, j’ai vu d’autres sortes de maisons. Quand j’ai finalement élu domicile à Ottawa, j’ai vu un paysage urbain qui réunissait à la fois les maisons des francophones – ces petites maisons de bois familières du côté de Hull – et les maisons des anglophones, souvent construites en briques, semblables à celles observées dans les autres quartiers anglophones visités au fil des années. J’ai vu un peu la même chose quand j’ai visité Winnipeg : les petites maisons des francophones bien serrées les unes sur les autres à Saint-Boniface, et celles des anglophones de l’autre côté. J’ai presque pleuré quand un collègue, membre des premières nations, m’a parlé des maisons où grandissent les Inuits. Aujourd’hui j’habite dans une maison de briques qui contraste avec celle où j’ai grandi. Ce n’est pas seulement parce que je me promène; c’est le pays qui change, et c’est intéressant. ‘C’est un bon moment pour ouvrir les yeux et faire les choses avec finesse, et quelque chose comme de l’amour.